jeudi 16 février 2017

Ave Cesar ! Le récit de l'une des plus folles journées de notre vie...

Bon, vu le titre, vous vous doutez que l'Engeance est parmi nous...
Et quelle Engeance.... 54cm à peu près (oui car il n'a pas voulu se laisser mesurer par les auxiliaires durant notre looong séjour... ça promet !) pour 3,440kg, des joues roses, une peau toute douce ("on dirait une grosse pêche" dira l'auxiliaire lors du 1er bain), de grands yeux bleus qui vous dévorent du regard (enfin, qui zieutent mes nichons avec beaaaucoup d'envie et une espèce de sourire lubrique-qu'on-ne-peut-pas-prêter-à-un-enfant-voyons lol), d'adorables petits bruits de chaton... 
si je vous dis que c'est le plus beau bébé du monde, ça vous étonnerait ? 
lol nan le plus beau, c'est le fils d'une pote, un vrai bébé de magazine celui-là ! Le notre ressemble plus à une petite tortue, avec une peau humaine et des chrèlles éparpillés sur le caillou (paye ton héritage familial Fils). On dirait Morla, la Tortue un peu sénile du film L'Histoire sans fin.

Mais c'est le plus beau quand même, malgré tout. 

C'est un dimanche en début de soirée, après une dure journée canapé avec le Barbu entre visionnage de films à la con et dégustation de crêpes tartinées de Nutella que j'ai commencé à ressentir des contractions particulièrement "montantes", le genre de contractions qui vous coupent un peu le souffle, mais sans être douloureuses.... Tiens tiens
Le Barbu doit effectuer sa DERNIÈRE nuit de garde SAMU. Il doit débuter ses congés quelques jours plus tard, l'Engeance n'étant censée arriver que 2 semaines après, "on est large" comme ça. 
Mais les contractions s'en tapent de tout ça, elles sont là et deviennent régulières. Quelque chose me pousse à en parler à ma Moitié qui se fige un peu, pensant ou plutôt espérant une farce. On en plaisante, se disant que ça serait quand même épique que "CA" arrive cette nuit, puis on passe à autre chose...
Il part, je tente de commencer ma soirée en faisant un peu de rangement car c'est le waï ici bas. J'avais prévu de faire le ménage ce soir-là de toute façon mais non. Rien à faire, j'ai mal au bide, je suis exténuée, je sens que ça pue cette histoire.
Je monte me coucher après une bonne douche chaude qui m'aura fait du bien. Je mets une grosse serviette hygiénique, au cas-où et me pieute. Je galère pour me faire un nid confortable, une fois trouvé je galère à m'endormir. 
Barbu vient aux nouvelles, je ne lui cache pas que je ne pète pas la forme mais ni lui ni moi ne sommes très honnêtes, on se dit bonne nuit rapidement sans parler de l'éventuel début de travail...
Je finis par m'endormir comme une masse... Mais une heure plus tard, je me réveille à cause d'une douleur indescriptible m'irradiant le ventre, les reins... Je respire profondément, calmement, ça passe, je me trouve une nouvelle position et me rendors... Rebelotte une heure plus tard, puis même scénario toutes les 30min puis toutes les 15... CA PUUUUUUUEEEEE !!! 
Je retourne prendre une douche, alternant le jet sur mon ventre puis mon dos. Nan, je sens qu'il faut que je sois immergée et me fais couler un bain, comme les sage-femme nous l'avaient conseillé. Les contractions sont de plus en plus intenses, longues et rapprochées. C'est mort, la grosse blague du siècle, je suis en travail, je le sais, et au fond de moi, je le savais même depuis la veille au soir avant le départ de mon Binôme. Reste à voir si j'arriverai à tenir jusqu'à 8h du mat', heure de son retour à la maison.
Un quart d'heure plus tard, alors que je me tourne et me retourne dans la baignoire, tentant de trouver une position antalgique, je ressens la même sensation que si vous éclatez un ballon de baudruche après l'avoir tourné entre vos mains: une espèce de grincement puis une explosion et PAF !, ça n'a pas fait de Chocapic mais j'ai senti une gerbe d'eau sortir de mon corps. 
Bon bah Contractions: Check, 
Poche des Eaux rompue: Check... 
Sauf qu'à ce jet est venu s'ajouter du sang... Et là, c'est la panique. Je saute hors de l'eau pour éviter une scène à la Shinning ou Moïsique mais surtout pour avertir le Barbu. Blague n°2: plus de réseau mobile.... Ok, tout fonctionnait 15min avant mais c'est pas grave, je traverse la maison, nue comme un ver, en perdant de la flotte et du sang, une pauvre serviette (blanche évidemment, sinon ça n'aurait pas été drôle) que j'essayais de maintenir entre mes cuisses pour accéder au téléphone fixe, (filliaire évidemment, sinon ça n'aurait pas été drôle non plus de pouvoir s'asseoir ou s'allonger pour téléphoner tout en perdant du sang). 
Et j'ai peur. Peur de tomber dans les vap' avant de pouvoir appeler au secours, peur qu'il soit arrivé quelque chose à mon enfant.
Le Barbu qui effectue les gardes d'urgence dans notre secteur est prévenu en premier "Bon, j'appelle le 15, ça a commencé et je perds du sang donc t'étonnes pas s'ils t'appellent". Je ne lui laisse pas le temps d'en placer une, raccroche et compose le numéro de sa régulation. Le moment est épique... Très rapidement, ça donne "Vous être seule à votre domicile ? - Oui car justement, mon conjoint est de garde d'urgence à Tatatouine-Tout-Près ce soir...  -Ah, c'est lui ? Ok, bon, on va le prévenir alors ! On vous envoie quelqu'un en tout cas !". 
Je téléphone quand même chez mes parents et à 4h du mat', c'est miraculeusement ma Môman qui décroche... aaah, l'instinct maternel... Je me retiens de pleurer, elle s'inquiète un peu, je lui dis seulement que j'ai perdu les eaux mais que les secours arrivent et surtout, que Barbu est prévenu.

15min plus tard, c'est Lui en personne qui arrive avec sa collègue du jour (enfin, de la nuit). Il est inquiet car la régulation qui lui a proposé de me rejoindre est restée très évasive concernant ma perte de sang tout en lui disant qu'elle décalait un SMUR jusqu'à chez nous. Un peu fébrile, il parvient malgré tout à faire son taf et après m'avoir posé quelques questions, nous nous rendons compte que c'est "juste" le bouchon muqueux qui a sauté en même temps que la poche des eaux: OUF !!!! Oui, eau+sang= impression de se vider... Godiche va! Bon, pour ma décharge, je pensais l'avoir perdu petit à petit et ne m'attendais pas à ce que ça saigne autant. 
Rassuré(e)s, la suite se passe avec beaucoup de sérénité, même si je ne suis pas totalement zen à l'idée de traînasser à la maison en continuant de perdre autant de liquide...
Les pompiers puis une équipe de SMUR arriverons à la suite quelques minutes après. "T'aurais quand même pu nous faire couler un café fainéante" dira même Barbu, redescendu d'un étage. On commence enfin à réaliser qu'une épopée de dingue est en train de se produire !!
C'est aussi à ce moment que mon intimité sera mise au placard pendant un ptit bout de temps... : Nous nous isolons avec le médecin du SMUR et son infirmière pour un 1er examen. Il doit être 4h30 et je suis "ouverte à 1 doigt". En presque parfaite élève, je fais comme la madame nous l'a appris aux cours, je respire, profondément, calmement. C'est dur de continuer pendant les contractions douloureuses mais l'infirmière me félicite, dit à mon conjoint que je suis très sereine et que je gère à merveille. Je suis fière comme une Papesse !
Un moment après, le médecin, complètement à l'Ouest, fini par demander mon transport à la Clinique. Il autorise Barbu et sa collègue à me transporter eux-mêmes. COOOOL ! Fiston presque sorti et moi faisons notre baptême dans le véhicule de travail de Papa !
Nous arrivons à la clinique où le personnel tente de mettre Barbu à la porte. Bah oui, pas d'Ambulancier en salle de pré travail Mec... "Non mais c'est le Papa !" "Aaaah, désoléééé, on croyait que...Oh mais c'est rigolo ça du coup !" Ouiiii, en effet ! 
Nouvel examen: en un peu plus d'une heure et sans trop bouger, j'étais passé de 1 à 3 doigts. La sage-femme pose le monitoring et retourne vaquer à ses occupations. 
Les contractions "douloureuses" sont de plus en plus difficiles à supporter. Malgré la journée canapé, je n'avais pas dormi, je m'étais couché tard le samedi soir, bref, j'avais du sommeil en retard et avec le gros coup de stress et la douleur, j'étais morte de fatigue. J'implore rapidement une péridurale, la SF m'annonce qu'elle va prévenir l'anesthésiste et qu'elle va préparer une salle d'accouchement. 
Pendant ce temps, le Barbu se tâte, doit-il repartir avec sa collègue ou rester avec moi, il lui reste encore près de 2h de garde... Sa régulation l'autorise à rester ! Heureusement car entre temps, j'étais passé de 3 à 5 "Ya plus le temps Monsieur !" !!! La SF accélère la cadence, me colle sur une chaise roulante et m'envoie en salle d'accouchement. 
L'excitation monte, nous allions enfin rencontrer notre Héritier !!!
Mais c'est là que ça se gâte.

Une fois arrivés, la SF repose le monito. L'anesthésiste tarde à venir mais une fois qu'il est intervenu, j'ai l'impression de planer. Il me laisse un petit boîtier pour que je puisse faire repartir moi-même une dose d'antalgique. Magique me direz-vous.. oui oui, quand ça fonctionne...
Ya pas que la péri qui ne tarde pas à déconner: Quand une contraction s'installe, on voit le rythme cardiaque de l'Engeance qui fait un plongeon vers les Abysses. ohoh... on en avait parlé en cours de prépa et rapidement, la SF déboule dans la pièce pour m'inviter à changer de position car "bébé a du mal à supporter les contractions". Une fois installée sur le côté, ça repart tranquille. 
Tout va bien pendant un long moment, je repasse même sur le dos sans incidence. 
Nouvel examen, je suis à un gros 6 / petit 7. Bon.... ça n'avance pas des masses mais en même temps, je suis immobile depuis un moment, ça n'aide pas...
On passe nous voir pour nous demander comment s'appellera l'Engeance. Nous sommes ok pour le prénom, le nom reste à définir, nous ne sommes pas d'accord sur l'ordre de noms de famille que nous allons lui donner. lol.
Changement d'équipe, la SF nous souhaite bon courage et cède sa place à une de ses collègues, plus âgée, beaucoup moins souriante et loquace. 
Elle m'examine et selon elle, je suis plus près du petit 6 que du 6/7 comme sa collègue le prétendait.... Me souvenant des conseils donnés lors des cours de prépa, je lui demande si je peux faire quelque chose pour aider le col à travailler, un peu de marche, de ballon, de galette... Non non et non. Péridurale non-ambulatoire "l'anesthésiste refuse". Ok..... c'est un peu de la grosse arnaque là...
Et puis, je ressens à nouveau les contractions. Je me dis que sans l'antalgique, ça doit vraiment être épouvantable car là, en ayant utilisé le boîtier, c'est quand même loin d'être agréable... Oui bon, sauf qu'en fait, le shmil ne fonctionnait pas et à part l'injection faite par l'anesthésiste, je n'avais rien eu d'autre. D'où les sensations qui revenaient petit à petit...mais rapidement quand même.
Mais surtout, nouvelles chutes du rythme cardiaque du côté de l'Engeance. La SF reste plantée devant le monitoring en nous disant que ce n'était rien, qu'il n'y avait rien d'anormal.   
.......
Le Barbu grince un peu des dents en lui disant que nous voyons bien ce qu'il se passe sur l'écran, la dame a eu l'air un peu surprise mais ne s'est pas dégonflé pour autant. Restant campée sur ses positions, elle me dit qu'il ne sert à rien que je change de position, m'engueule limite quand je commence à me tourner sur la table. Elle m'examine à nouveau, je suis toujours à 6. Ca bloque. Je réitère ma proposition de faire du ballon, ou de la galette et elle ne prend même plus la peine de me répondre. Je suis un peu désespérée de savoir que mon fils souffre et que je ne peux rien faire. J'ai la sensation d'avoir tout fait foiré. Égoïstement, j'ai demandé une péridurale qui m'empêchait de marcher, de me mouvoir pour aider à ce que mon fils sorte. J'avais presque honte.
J'essayais de travailler au mieux ma respiration pour oxygéner un maximum mon col.
Tout ce que la SF a trouvé à me dire, c'est qu'elle allait prévenir le gynéco de garde.
Et c'est là que tout s'est enchaîné.

Alors que le Barbu était parti boire un énième café, plusieurs personnes ont déboulé dans la pièce et ont commencé à s'affairer autour de moi. Le gynéco se présente et se pose devant le monito. Il m'explique que l'Héritier a trop de mal, que le travail n'avance plus, qu'il faut le faire sortir le plus rapidement possible et que cela signifie le recours à une césarienne. J'hallucine même si j'avais bien conscience que ça ne pouvait plus se finir autrement. En me voyant si surprise par la nouvelle, il me demande si "on" m'avait informé de cette possibilité, au vu de la situation. Mon regard se tourne vers la sage-femme, tout péteuse et je déclare que non. Après tout, pour cette dame "tout était normal", pourquoi aurions-nous dû envisager la césarienne...
Donc, le monsieur veut que je parte tout de suite au bloc. Tout de suite ??? Je commence à me faire caca-mou dessus: où est mon Barbu, j'ai besoin de lui !!! Je sens les larmes monter mais il arrive à ce moment-là... aaaaaaléluyaaaa ! Il arrive et voit que je suis très entourée "Césarienne Barbu..." "Sérieux ??", bon, je ne suis pas folle, l'Homme était aussi surlecufié que moi.
On me prépare pour le bloc. Prise au dépourvu, j'étais très apprêtée: vernis aux pieds et aux mains, jambes et zézette imberbes, j'avais encore mes piercings... Bon, le vernis m'a été enlevé à l'arrache, les piercings plus délicatement heureusement. L'infirmière a jugé qu'il restait encore quelques poils et malgré les remarques des autres personnes se trouvant autour (quand je disais que j'avais laissé mon intimité au placard...), a insisté pour raser je ne sais pas quoi en fait...
Je suis escortée jusqu'au bloc par le Barbu qui n'en mène pas large. Il n'est pas autorisé à y rester, par contre, il se trouve dans une salle juste à côté.
Les préparatifs continuent. Je panique car malgré une seconde anesthésie, je "sens" encore ce qu'il se passe. Tous les professionnels présents dans le bloc me rassurent et rapidement en effet, je finis par ne plus rien ressentir au-delà du champ stérile.
Le temps me paraît long, je me déconnecte et re-commence à paniquer: et si mourrais, laissant mon fils et son père tout seuls ?? Ma tête commence à tourner, ça va pas le faire alors je me secoue le cacao, respire à fond et me fixe un point d'ancrage avec une grosse pensée positive. Je me mets à repenser aux 1ères vacances avec le Barbu et puis, j'ai visualisé à nouveau les rêves que j'avais pu faire de notre fils... Tout s'est mis à aller mieux. Et en mode godiche, j'ai même zappé le début de l'intervention car quand j'ai demandé à l'infirmier si ça avait commencé "ah oui, c'est presque fini, ils vont bientôt le faire sortir !". Ca + la ptite tête du Barbu passée par l’entrebâillement de la porte, ça remotive ! 
Puis finalement, à 10h09, l'équipe se met à me féliciter et rapidement, j'entends un miaulement de chaton: "L'Héritier ? (oui comme si le couinement pouvait venir de l'interne en chirurgie...) c'est Mamaaaan !!". Je souris comme une idiote, me retenant de pleurer.
Et c'est là que Cupidon m'a lancé non pas une flèche mais genre un javelot en plein dans la face...
On me présente mon fils avant de l'emmener faire un check up... il est gris violacé, fripé, on dirait un des hommes batraciens du Voyage de Chihiro qui aurait bouffé trop de figues. Et ouf, il a des cheveux !
Mais je suis fascinée, les mots me manquent encore aujourd'hui, c'est Lui tout simplement quoi...
 Avant de le laisser en tête à tête avec le Barbu, on me le ramène, cette fois tout propre et avec une dégaine un peu plus humaine. Il me dévisage du regard et je fais de même. Je lui parle, je ne sais même plus ce que je lui ai dit en fait. Probablement ce que j'avais sur le coeur et qui était le plus apaisant, que Barbu et moi l'aimions, que nous l'avions attendu, que nous nous retrouverions très vite mais qu'il allait rester un peu avec son Papa en m'attendant. 
Je me suis sentie très sereine en les sachant ensemble pendant que l'équipe terminait de me vider d'une partie de mes entrailles. Petit moment de flottement lorsque l'infirmier se mettra à chercher le téléphone du service après qu'on m'ait refermé le ventre... J'ai jurééé que si ça sonnait, je les préviendrai !

Bref, après plus de 15h de travail, l'Héritier était parmi nous et c'est une nouvelle aventure qui a pu débuter.

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